Musicà

C'est impressionnée et silencieuse que je rentre ce soir, bien tardivement. Ma soirée s'est déroulée à l'Opera Flamande, où se jouait Siegfried ce soir. De Wagner. 5h45 dans une ambiance magique, dans un décor où l'on s'imagine volontiers au temps de Mozart. Au moins pour quelques instants, le temps de se laisser envoler par ces rêves. 5h45, dont 45 minutes d'introduction, deux fois 15 minutes de pause, et le reste en musique. C'est étonnament petit, cette salle, malgré ses 3 étages de balcons. Etonnante sensation de voir les musiciens sous la scène, dans leur bac de concert, les sons qui en montent sont fabuleux et magnifiques. Etant au premier rang, nous pouvions très bien les voir. Je ne vous cache pas que j'y ai bien souvent perdu mon regard, plutôt que sur la scène qui se voulait moderniste ce soir. Chanter le texte original de Wagner dans un décor aussi moderne, il fallait ôser. Et le déplacement contextuel fut incroyablement réussi. La compréhension n'est pas évidente lorsqu'on n'a pas vu les précédents volets de ce Ring des Niebelungen, et ni le texte original en allemand, ni la hauteur des sopranos ne la facilitent. Et puis ces Cello, ces Violons, ces Cuivres, ce Maître d'orchestre qui se donne jusqu'à sa dernière fibre... Moi, décidément, ca sera la musique. Les chanteurs sont magnifiques, le théâtre sublime, mais la musique... Je ne trouve pas les mots qui lui sont dûs. Vous savez, on peut se perdre dans l'étincelle de nombreuses beautés, mais la plus sublime, c'est la musique. Elle me fait savoir que l'on ne perd jamais le sens de la pureté et de la douceur. Par son rythme régulier je sens battre mon coeur, et s'animer tous les sentiments que l'on pourrait croire perdus dans ces tourbillons quotidiens qui nous emportent si loin de l'essentiel. Elle me remet les pieds sur Terre et offre une passerelle vers la magie de l'inconscient et des rêves. On peut assembler des mots par dizaines, en faire des perles de papier, mais jamais les mots ne détrôneront ces subtiles associations d'accords qui peuvent faire naître la magie n'importe où, sans la moindre prétention ou exigeance. La douce résistance des touches brillantes du piano m'a appris la subtilité mieux que n'importe quel discours, et à chaque fois que mes mains se lient à ses touches pour reproduire un trésor de Mozart, Bach, Beethoven, Chopin, ou tous les autres, c'est du bonheur pur qui fait glacer mon sang dans mes veines un instant, pour mieux réchauffer mon coeur après.
Torgue et Houppin - Le serment d'Alice

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