Indélébile*

"Elle n'a jamais été tendre. Mais douce, d'une douceur qui échappe en tout point à la soumission de la peur de perdre. De la douceur sincère. Perçue souvent comme l'alliée du Diable, elle est, malgré l'apparence et le refus catégorique de toute religion, plus spirituelle qu'on puisse imaginer. Sans l'avouer, sans se l'avouer, d'être victime d'une forme non pas quelconque de pression surhumaine. Elle refait le monde à sa façon, bien qu'usée par les cris et les défaites, les rêves échoués contre les rochers de la réalité, laissés là, sur une plage perdue, la troublant au rythme des vagues qui n'usent rien de leur intensité. Intactes, indélébiles, intouchables. Ne touchez pas à ces rêves là, même s'ils reposent sur des illusions et qu'ils hantent les vestiges d'une conscience condamnée à perpuité. Elle réfléchit beaucoup, mais pense que ce n'est jamais de trop puisqu'elle pense qu'on n'est pas ici pour rien, et qu'il faut essayer de comprendre et d'analyser ce que l'on apprend au fil des années. La délectation mariée à la peur de ce même inconnu qu'est le Pourquoi de l'existence, To be or not to be, oui ou non, ci ou ca, du plus grand existentialisme au plus futile détail. Elle ne connait que trop peu le bonheur d'avoir "la tête vide", d'avoir le luxe de ne penser à rien. Alors elle cherche des moyens pour y arriver malgré les barrières de raison et d'angoisse. Yoga, alcool, longues promenades solitaires, soleils couchants, étoiles filantes, écriture, musique, la liste est longue et rien n'y fait vraiment. Elle déteste perdre le contrôle d'elle même, et cela surtout lorsqu'elle s'en rend compte ultérieurement. Il lui arrive de se sentir au plus seul dans une grande foule, alors qu'elle se complète à plénitude seule sur une plage déserte ou le sommet d'une montagne oubliée. Elle est sous la protection de trois anges gardiens qui sont gravés dans la moindre des particules qui la composent. Elle connait mieux leurs traits que ceux des personnes en face d'elle, bien qu'ils appartiennent à ce monde de néant qu'elle a longuement mis en doute, jusqu'à l'avoir vécu le temps de quelques rêves, de quelques moments privilégiés passés en compagnie du troisième avant son départ. C'est sans doute là que se trouve sa plus grande faille, et pourtant ses plus belles histoires. Ce qui la fait vivre est aussi ce qui la tue, à petits coups, parfois doucement par une larme, souvent durement lorsqu'elle se rend compte des incapacités que cet amour du passé lui inculque. Mais gardez vous bien d'entrer dans cette partie excessivement sacrée et protégée, vous n'en sortirez jamais vainqueur."
Les secondes s'écoulent lentement pour compléter une troisième année passée en ton absence. Les lueurs de la bougie qui illumine ton portrait m'emportent un peu. Mon coeur bat au rythme de mes pensées qui affluent, me bercent et me détruisent, mais qui construisent, ce soir en tout cas, une grande harmonie intérieure. Loin d'affirmer que j'ai les yeux secs en écrivant, je repense à ce visage serein et détendu que j'ai embrassé une dernière fois ce dimanche-là, le 14 novembre 2004. Fausse est sans doute l'idée que la seule façon de trouver cette serenité est de trouver soi-même la mort aussi. Mais si tentante, parfois. Je ne peux pas toujours être forte, et il y a des moments dans lesquels la vie ne se prête pas particulièrement à être vécue tête haute. Le temps ne fait pas oublier, il n'adoucit pas, il n'apaise pas mes émotions violentes, et il n'éfface pas ta voix ni ton image. Je me souviens avec précision des étoiles que mon regard faisait naître dans le tien. Et depuis, celles qui s'allument chaque soir pour nous guider dans l'obscurité ont perdu de leur couleur. Je les remercie tout de même, puisque ce sont elles qui me ramènent ici lorsque je sors en pleine détresse pour chercher le calme de la nuit. Tu me manques. Ca me déchire à chaque fois que je tente de respirer. Evidemment je sais que tu ne reviendras pas, mais ca ne m'empêche pas d'y croire encore, de penser que le temps a été long assez maintenant, et qu'il faut que tu reviennes. Depuis tout ce temps il n'y a rien qui a changé pour moi, j'ai essayé de croire en bien des choses et en bien de gens, et ce fut trop souvent en vain. La désillusion fait mal aux fantaisistes. J'ai été forte assez longtemps maintenant, j'ai avalé bien des larmes, autant même qu'elles ont formé une boule qui me bloque aujourd'hui la gorge et qui éclate à petits coups. Quand je crois avoir pleuré toute larme qu'un coeur peut contenir, il y en a encore. Non, je n'aime pas en parler. Je n'aime pas parler de ce qui me détruit, de ce qui me fait souffrir parce que je m'en veux que cela ait une aussi grande importance dans ma vie alors que de milliers d'autres personnes souffrent de façon indescriptible, tous ces enfants qui meurent et qui auraient tant pu profiter de la vie qui ne leur a pas été offerte.. Je te remercie pour ces quelques rêves que tu as fait naître dans ma vie, et qui pourraient lui donner un sens s'ils étaient plus réalisables. Ils porteront à jamais ton nom.
Ohh it's what you do to me
It's what you do to me
What you do to me*
Tu me manques. Rien ne te remplacera jamais. Qui vivra verra, je tiendrai mes promesses.

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